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IMPULSER UNE REFONTE DES SYSTÈMES POUR METTRE FIN À LA POLLUTION PLASTIQUE

Une approche intégrée fait en sorte que les plastiques ne deviennent jamais des déchets 

Il est difficile d’imaginer un monde sans plastique, un matériau particulier qui joue un rôle essentiel dans la préservation de la qualité, de la santé et de la sécurité des aliments. Les plastiques sont non seulement pratiques et peu coûteux à produire, mais également intégrés dans la production, la distribution et le commerce transcontinentaux. 

D’un autre côté, 8 millions de tonnes de plastiques finissent dans nos océans chaque année et 50 % des plastiques produits annuellement sont à usage unique. 

Des déchets plastiques dans le parc national du Banc d’Arguin en Mauritanie. Photo : PNUD/Freya Morales.​

La demande mondiale de plastiques étant appelée à quadrupler entre 2020 et 2050, selon les estimations, une évidence s’impose : il n’existe pas de solution unique pour résoudre ce problème complexe. La voie à suivre nécessitera des solutions intégrées qui prennent en compte des systèmes entiers d’aspects économiques, sociaux et environnementaux interconnectés. Les réponses durables pourraient inclure la recherche et développement sur les matériaux de substitution, un changement des modes de consommation et des mentalités, des réformes de la gestion des déchets, de nouvelles technologies de recyclage et, finalement, de nouveaux modèles de croissance. 

L’ASIE ET AU-DELÀ 

Près de la moitié de l’ensemble des plastiques produits dans le monde provient d’Asie, et la région est responsable de plus de 80 % des déchets plastiques qui finissent dans nos océans. L’« épidémie » de déchets et sa (mauvaise) gestion sont au cœur d’un tollé public qui prend de l’ampleur et ont conduit à l’interdiction d’importation de déchets recyclables et de plastiques à usage unique dans toute la région. 

Quatre-vingts pour cent de la pollution plastique océanique provient d’Asie.
Photo : PNUD Tuvalu/Aurélia Rusek.

Cette situation peut-elle offrir à l’Asie l’occasion de devenir un foyer d’innovation qui éclairera les solutions appliquées dans d’autres parties du monde ? Un partenariat singulier entre le PNUD et l’initiative Alberta CoLab du Canada permettra d’étudier cet aspect en cherchant à déterminer comment une approche intégrée pourrait accélérer les progrès dans la résolution du problème des déchets et accroître les gains sur le plan des objectifs de développement durable. La clé du succès de ce travail consiste à briser deux mythes qui entourent la gestion des déchets plastiques : 


PREMIER MYTHE À BRISER : UNE SOLUTION « MIRACLE » PEUT RÉSOUDRE UN PROBLÈME COMPLEXE 

La pression politique pour agir conduit souvent à des solutions ponctuelles. Appliquer les connaissances comportementales pour dissuader les consommateurs d’utiliser des plastiques, inciter les citoyens à signaler les décharges illégales, créer des banques de déchets et soutenir les innovations technologiques de start-up en sont quelques exemples. Si ces interventions rencontrent des succès de degrés variables, elles sont cependant toutes singulières et compartimentées et cherchent à résoudre un problème complexe sans trop s’attarder sur les conséquences imprévues ou les solutions systématiques. 

Des associations de recycleurs contribuent à l’écologisation des économies. Photo : PNUD Pérou/Omar Lucas.

DEUXIÈME MYTHE À BRISER : LA POLLUTION PLASTIQUE EST UN PROBLÈME ASIATIQUE 


Les principaux exportateurs de déchets plastiques doivent tenir compte de leur rôle et de leurs responsabilités dans le nettoyage des plastiques qui inondent actuellement l’Asie. Par exemple, environ 12 % des déchets plastiques du Canada sont expédiés hors d’Amérique du Nord pour être « recyclés ». La plupart des exportations est envoyée en Asie du Sud-Est, où les infrastructures adaptées de gestion des déchets font défaut et où les matières recyclables sont souvent versées dans des décharges ou incinérées. De nombreux pays, dont la Chine, interdisent désormais les importations de déchets. Des évolutions de cette nature présentent des risques – et des opportunités – pour les entreprises internationales du secteur des plastiques, qui ont un rôle essentiel à jouer dans la transformation de la façon dont nous produisons et utilisons ce matériau. Elles soulignent également à quel point le problème est vraiment interconnecté : les déchets plastiques ne sont pas un problème isolé que nous pouvons circonscrire à un pays ou un secteur de la société. 


À SUIVRE, LE VIET NAM, LES MALDIVES,
LES PHILIPPINES ET LE SRI LANKA 


C’est pourquoi, au Centre régional d’innovation du PNUD en Asie-Pacifique, travaillant en collaboration avec Alberta CoLab du Canada, nous cherchons à déterminer ce qu’il faudrait pour concevoir un système où les plastiques ne deviennent jamais des déchets. Pour ce faire, nous appliquons les principes de conception systémiques. Il s’agit notamment de cartographier le problème et les besoins des acteurs concernés, de formuler une vision de l’avenir dans lequel nous voulons être, de concevoir un portefeuille de solutions possibles avec des experts de tous bords, et d’éprouver ces solutions au Viet Nam, aux Maldives, aux Philippines et au Sri Lanka. 

La conception systémique s’appuie sur les compétences de tous bords. Photo : PNUD Asie-Pacifique.

Le système reposera sur des stratégies d’économie circulaire de sorte que le plastique circule constamment en boucle fermée sans perdre sa valeur, plutôt que d’être utilisé une seule fois. Une initiative de recherche sur l’économie circulaire sera menée en parallèle en Alberta pour éviter le piège de la « solution miracle » et permettre une compréhension plus approfondie et intégrée de la façon dont les systèmes locaux et internationaux s’imbriquent. 

Inscrire le problème asiatique dans un tableau mondial plus large permet d’explorer et de remettre en question les parties situées en amont (production de déchets) de la chaîne de valeur du plastique et les parties en aval (importations de matières recyclables). Un processus de recherche de sens sera appliqué sur différents sites afin de nous permettre de déterminer les schémas de production et consommation et d’ajuster notre travail de conception en conséquence. 

Les quatre étapes pour résoudre le problème des plastiques. Photo : PNUD/Shumin Liu]

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Texte: Alex Oprunenco, Spécialiste régional de l’innovation au PNUD ​ 
Twitter: @AlexOprunenco @UNDPasiapac @SDGintegration

Remerciements à Keren Perla, directrice la transition énergétique et de l’innovation dans les politiques (Alberta CoLab)